Les Dixie Chicks font de la politique malgré elles : en 2003, la chanteuse Nataly Maines, en spectacle à Londres, énonce ces mots fatidiques "Just so you know, we're ashamed the President of the United States is from Texas." De groupe plutôt insignifiant - à mon sens : elles avaient vendu 22 millions de copies de leurs deux albums prédédents -, elles sont devenues les victimes de la bigoterie américaine. Leurs fans ont appelé au boycott des stations qui les faisaient jouer, ont organisé des destructions au bulldozer de leurs disques et elles ont reçues des menaces de mort que le FBI a pris très au sérieux :un peu plus tôt, le conducteur d'une van qui arborait leur photo s'est fait intimidé avec une arme d'assaut... Pour autant, le groupe persiste et signe. La déclaration de 2003 était "définitivement une insulte" au président, et sur leur nouveau disque apparaît une chanson, Not Ready to Make Nice, qui fut un succès sur Internet, mais a arrêté sa course au 36e rang du palmarès radio. N'allez pas y voir une effet de la concentration des médias...
Lire Dixie Chicks Remain Unapologetic in 60 Minutes Interview, CMT
Stephan Smith est un folksinger engagé contemporain, c'est-à-dire pratiquement rien. Billboard l'a pourtant consacré "nouveau Guthrie", The New York Times à Bob Dylan, et All Music Guide à Phil Ochs - essayez d'en faire autant - et en plus, il a une voix bien à lui, où il rappe des textes dur des mélodies appuyées et un jeu de guitare à la texture plutôt chaude. Il répond, dans les pages du San Francisco Gate la question posée au début de la guerre en Irak sur la présence d'une nouvelle génération de protest-singer, et particulièrement à Neil Young qui se demandait à voix haute, à l'occasion du lancement de Living With War, ce que faisaient les jeunes musiciens. Stephen Smith répond : ils se font boycotter par l'establishement, point. Dans le monde d'aujourd'hui, la concentration des médias est telle qu'il est pratiquement impossible de rejoindre le grand public par ce moyen - Clear Channel, à eux seuls, possèdent plus de 1000 radios aux États-Unis. Ce sont les mêmes qui, au déclenchement de la « guerre contre le terrorisme » ont demandé à leurs DJ de ne pas faire jouer des chansons ayant pour thème la paix, telles que le Imagine de Lennon ou Peace Train de Dylan (voir la liste complète). Si les artistes établis, qui ne se sont pas faits connaître pour leur chanson contestataires, peuvent encore se prévaloir d'un certain privilège, il est impossible, dans un pays aussi polarisé, d'accéder aux grands médias avec un art qui remet en cause l'ordre établi, ceux-ci étant pratiquement celui-là. Il reste l'Internet : il a participé à l'initiative de Thuston Moore, www.protest-records.com, et la chanson "The Bell", de Stephen Smith, accompagné notamment de Pete Seeger, publiée un an après le 9/11, a été téléchargée des miliers de fois, diffusée sur plus de 250 000 CD, et reprise par Dave Matthews et DJ Spooky. Pour autant, ça ne fait pas des contrats. Les gérants d'artistes refusent de l'engager comme première partie d'autres artistes, de peur d'exposer leur public à du contenu politique! Alors, Stephen Smith, qui est d'origine... irakienne et et dont le vrai nom de famille est Said, pose la grande question : comme ce fut le cas dans les années 60, où la génération des Guthrie et Seeger ont préparé le terrain pour celle des Baez et Dylan, y aura-t-il un parrainage pour les nouveaux artistes?
Lire le texte de Stephen Smith : Hey, Neil Young: We young singers are hog-tied, too!
Écouter la musique de Stephen Smith (très bon!)
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