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Dave Van Ronk
 Dave Van Ronk est né le 30 juin 1936 à Brooklyn au Swedish Hospital («Je ne sais pas pourquoi, je n’ai aucun ancêtre suédois, d’autant que je sache»). Après avoir lâché l’école à 15 ans et chanté dans un barbershop quartet à partir de 1949, il débute une carrière de folksinger professionnel en 1956, après avoir travaillé un temps dans la marine marchande.
Il fut l’un des introducteurs de la musique noire dans le Greenwich village du folk revival au début des années 1960. Il y rencontre Tom Paley (membre fondateur des New Lost City Ramblers) et le Reverend Gary Davis, et apprend le finger picking, puisant ses influences dans le jazz, le jug-band, le gospel et le blues. Certaines de ses interprétations les plus convaincantes proviennent du répertoire de Bessie Smith (You been a good ole wagon), Furry Lewis (Stagolee) et surtout du Reverend Gary Davis (Cocaine). Il joue seul dans les clubs et enregistre la plupart de son matériel le plus significatif pour l’étiquette Folkways. Vers 1961, il héberge temporairement un jeune Bob Dylan fraîchement débarqué à New-York, ce qui a donné lieu à toute une littérature de malentendus (« J’ai été si souvent mal cité à propos de Bobby que je ne m’en soucie plus » écrit-il dans les notes de Somebody Else, Not Me). Quoiqu’il en soit, Van Ronk a refilé une bonne partie de son répertoire traditionnel au jeune Dylan, lequel lui a fourni matière à quelques belles interprétations (Song for Woody, The Old Man). Van Ronk s’est plutôt tenu à l’écart des mouvements de mode et du succès ; plutôt que de s’affubler du titre de « folksinger », il préfère se définir comme jazzman manqué. Il a même refusé à Albert Grossman, dont on connaît les ambitions en tant que gérant du premier Bob Dylan, de faire partie du trio qui allait devenir Peter, Paul and Mary. Quand tout le monde est passé à l’électrique, il est resté chez lui à décortiquer les partitions de Jelly Roll Morton.
Son champ d’intérêt est large, et on le retrouve souvent là où on l’attend le moins. On a loué son sens de l’humour et de l’autodérision, ainsi que la variété de ses intérêts musicaux (un disque consacré aux chansons de Berthold Brecht, une adaptation de Pierre et le loup et, sur un disque obscur, une reprise de « Amsterdam » de Jacques Brel!). Toujours prêt à servir dans sa communauté, il ne s’est pas fait prier pour appuyer l’initiative de Jack Hardy qui a lancé, dans les années 80 à New York, le magazine Fast Folk, ce qui a donné le coup de pouce nécessaire à une nouvelle génération (parmi lesquels Suzanne Vega, Shawn Colvin, Rod Macdonald). Il était réputé trotskiste, semble avoir eu sa carte de membre pendant un certain temps, mais c’est en vain qu’on y chercherait des références dans sa musique : il en subsiste au mieux une entrevue sur le web.
Comme Gary Davis avant lui, Dave Van Ronk est devenu une référence incontournable en matière de guitare folk et fut le professeur d’innombrables émules. On l’a affublé du surnom de « maire de greenwich village », ou plus modestement, le « maire de McDougal Street », une rue qui porte désormais son nom. Dave Van Ronk est décédé le 10 février 2002. La mairie de New York a décrété le 18 mai 2003 « Dave Van Ronk Day » à sa mémoire. Sous l’impulsion de Christine Lavin, des animateurs radio lui ont rendu hommage à cette occasion ; Salut l’Amérique en était (feuille de route).
Discographie choisie :
The Folkways Years 1959-1961 rassemble la majeure partie de ses deux premiers disques chez Folkways, et qui ont largement contribué à définir le son DVR tel qu’on le connaît. Beaucoup de pièces blues, certaines qu’on peut penser inspirées de Leadbelly (Duncan and Brady, In the pines), quelques gospel (Twelve Gates To The City, Just A Closer Walk With Thee), deux pièces originales dont une parodie d’Engine 143, Georgie On The IRT, où il ne se prive pas d’accentuer les détails déjà crus de la chanson. Le disque de référence par excellence, qui se distingue par le choix et la justesse des interprétations, ainsi qu’une jeune voix graveleuse qui accroche dès le départ.
Inside Dave Van Ronk rassemble également deux albums, « Folksinger » (1965) et « Inside » (1967). Le répertoire s’élargit : le disque s’ouvre avec deux pièces du mentor Gary Davis, Samson and Delilah, chanté avec beaucoup de conviction, et Cocaine Blues. On y note encore une fois des classiques du blues (Motherless Child, Fixin’ to die) mais aussi un tour vers la musique celtique, où encore une fois l’autodérision revient dans Silver Dagger, qui finit en invitation au suicide collectif devant le tragique de la vie et des parents qui refusent qu’on se marie... Le jeu de guitare est nettement plus audible et raffiné et certaines pièces constitueront le cœur du répertoire de Dave Van Ronk.
Live at Sir George William University est un enregistrement d’un concert de 1967 à… Montréal, l’université en question ayant entre temps changé de nom pour devenir Concordia. L’interprétation de Mack The Knife est bouleversante, tout comme le Gambler’s Blues qui ouvre le disque. Très bon sans être essentiel, il offre surtout la chance d’entendre l’esprit aiguisé de DVR en concert, ainsi que The Song Of The Wandering Angus, un poème de Yeats sur une musique de Judy Collins, qui ne se retrouve nulle part ailleurs.
Sunday Street (1976) est un autre sommet. La pièce titre est une originale, fait rarissime. Les adaptations à la guitare du Maple Leaf Rag de Scott Joplin (1899!) et de The Pearls, de Jelly Roll Morton (« sans aucun doute la pièce la plus difficile que j’aie jamais joué », dit-il dans les notes du livret) ont renvoyé à l’école bien des guitaristes. Sa voix est parvenue à maturité, entre le rugissement et le murmure. Une superbe adaptation de That Song About The Midway de Joni Mitchell où prime l’émotion, un puissant Jivin’ Man Blues et un languissant Jesus Met A Woman At The Well font de Sunday Street une réussite artistique complète.
Somebody Else Not Me (1980) marche dans la voix du précédent. Les doigts se délient sur The Entertainer (Scott Joplin), et la voix sur Old Hannah, chantée a capella. La pièce titre, tout comme le Sportin’ Life de Brownie McGee, furent chantées d’innombrables fois en concert. Les plus belles surprises sont l’hypnotique Pastures of Plenty, de Woody Guthrie et le Song To Woody de Bob Dylan. Comme sur Sunday Street, on sent que Van Ronk prend le temps jouer et qu’il maîtrise parfaitement son art.
A Chrestomaty (1992) est une compilation assez mal faite. Son principal mérite est présenter beaucoup de matériel autrement resté sur vinyle, du moins à l’époque de sa publication, mais le choix des pièces est pour le moins bizarre et l’ensemble n’a aucune harmonie. Mais hé, c’est Dave Van Ronk qui chante…
Going Back To Brooklyn (1985) est le seul album compose entièrement de pièces originales. On y trouve toute la saveur de son humour sur des pièces comme Losers (« from Genghis Khan to the Fuller Brush man, they’re just a bunch of losers like me ») et une belle pièce d’autobiographie sur Gaslight Rag, nom du célèbre café qui accueillit les débuts de Patrick Sky, Phil Ochs, Dylan et lui-même ;
I had a dream that the Gaslight was clean, And the rats were all scrubbed down. The coffee was great and the waitresses straight, And Patrick Sky left town. No one was swocked and Dylan played Bach, And Ochs' songs all scanned. I got out of bed and I straightened my head, And started a rock-n-roll band.
Garden State Stomp énumère des villes du New Jersey, Luang Prabang se moque des chansons anti-guerre trop gentilles, alors The Whores of San Pedro et Tantric Mantra, vignettes a capella de 30 secondes chacune, sont de gros éclats de rire. Le ton change pourtant avec Zen Koans Gonna Rise Again, sur le règne de la drogue dure après les années hippies de Greenwich Village ; et la merveilleuse Another Time And Place qui clôt l’album, chanson d’amour exceptionnelle. Un disque injustement méconnu, moins évident d’approche que les autres, mais non moins excellent, plein d'ambiance et de profondeur.
L’album double To All My Friends in Far-Flung Places est consacré à la musique de ses amis, qui forment comme un «Hall of fame» de la musique folk : Bob Dylan, Tom Waits, Joni Mitchell, Paul Simon, mais aussi Tom Paxton, Patrick Sky, Ian Tyson, Mitch Greenhill et sa fidèle amie Christine Lavin, qui a fait plus que tout autre pour garder vivante sa mémoire. Le plus souvent accompagné par un band, l’effort est très inégal, mais a le mérite de mettre en relief tout le cercle folk New Yorkais qu’il a côtoyé et/ou influencé. Quelques bijou, bien sûr, le Many A Mile de Patrick Sky ou Soon My Work Will Be Done du plus vieux de ses amis, Gary Davis.
« .. and the tin pan bended and the story ended », son dernier concert enregistré en 2001, donne une bonne idée du Dave Van Ronk live. On note le Bucket of Rain de Dylan et le Urge for Going de the Joni Mitchell. Mais surtout, les nombreux monologues sur ses souvenirs du monde de la musique rappellent que Dave Van Ronk était un conteur hors pair. Difficile de passer à côté de ce véritable testament artistique.
Ce choix reflète largement mes préférences, c’est à dire les disques qui mettent en valeur la relation guitare-voix. Il y a pourtant une bonne dizaine d’autres albums où il est accompagné d’un band (les Hudson Dusters, ou le Red Onion Jazz Band), ainsi qu’une autre production sur l’étiquette montréalaise Justin Time, Sweet And Lowdown (2001), sans compter les disques qui n'ont pasconnu de réédition. Pour s'y retrouver dans le dédale de sa discographie, il faut absolument consulter le travail exceptionnel de Stefan Wirz : http://www.wirz.de/music/vanrofrm.htm
Elijah Wald a travaillé à mettre au jour une autobiographie parue au printemps 2005. Il s'agit d'un document exceptionnel, plein de verve et d'esprit, qui nous fait regretter que le chanteur n'ait pas été aussi chroniqueur de son temps (ou ne l'ait pas assez été). Il retrace ses origines, de son enfance à ses premiers groupes de jazz, de ses rencontres avec les premiers groupes radicaux à ses multiples découvertes musicales, sans compter les anecdotes hors contexte pour le seul plaisir des réminiscences. On l'a dit, Van Ronk était un conteur extraordinaire, qui prenait plaisir à peaufiner ses histoires, sans se départir de son ironie mordante. Son livre offre un point de vue unique sur le folk revival des années 60, qui sort un peu des canons du genre, souvent centrés sur les figures de Dylan, Baez, etc.
On trouve également sur le site d'Elijah Wald une entrevue parue dans Sing Out! en 1996 : http://www.elijahwald.com/longarch.html#davan1
Autrement, le site de référence, non-officiel mais presque : http://www.culcom.net/~shadow1/. La page de liens donne une bonne idée de ce qu’on trouve sur Internet.

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