|
|
2.5.03 [+]
old time
Old time
« La musique Old-Time est née de la transformation du vieux fond de ballades anglo-celtiques, notamment écossais et irlandais, au contact de la terre américaine, un ensemble regroupant des chansons d’amour, de voyage et de travail des airs de danse, cornemuses et morceaux de fiddle, des cantiques religieux. [...] Si on retrouve une grande partie de thèmes des îles britanniques aux États-Unis, les éléments américains sont considérables : évolution des musiciens eux-mêmes et de leur auditoire coupés totalement de leur terres d’origine ; influence énormes des formes de musique et de spectacle commerciaux (medecine shows, Vaudevielle, spectacles sous tente) ; échanges avec d’autres traditions en Amérique (Noirs, Amérindiens, colons germaniques, espagnols et français) … Et, à partir de 1915, il faut noter la très forte influence des disques (Hawaiiens, music hall, blues) »
Gérard Herzaft, Guide de la country music et du folk, aussi nommé le livre du grand tout!
Cette variété fait certainement du Old-Time la branche la plus intéressante du folk. En fait, on regrette un peu cette séparation en sous-genre, car si on devait y inclure la musique noire, on aurait un portrait assez juste de toute la musique américaine à une certaine époque, telle qu’on peut la voir dans ce merveilleux film qu’est The Times ain’t like they use to be, dont je ferai l’éloge sous peu!
Le terme Old Time renvoie bien sûr au bon vieux temps… celui du XIXè siècle! Ainsi que l’explique Gérard Herzaft, les producteurs des premiers disques, dans les années 1910 et 1920 voulaient offrir au public un peu de nostalgie d'une «époque où on vivait simplement, dans l’amour et le respect de Dieu, sans voitures, sans collecteur d’impôts, sans charbon et sans pression du monde « moderne ». […] La tradition Old Time semble résumer la condition de vie des petits blancs des Appalaches Durant la première partie du XIXè siècle : attitude rigide, religion d’apparence rigoureuse, vie terriblement difficile, santé brisée par les conditions de travail de l’industrie et de la mine, alcool frelaté, conflit entre l’ancienne et la nouvelle génération de montagnards »
Dans les années 1930, les radios diffusent toujours de la musique de Barn Dance, mais après, on peut dire que le « Old Time » est vraiment devenu une musique du bon vieux temps, même si elle fut reprise avec succès par différent groupe dont les plus connus sont les New Lost City Ramblers. Le succès de la trame sonore de O Brother! Where Art Thou! lui a certainement donnée une nouvelle vigueur.
Discographie choisie :
Voici une sélection qui entend la définition au sens très large, l'idée étant de donner un maximum de pistes au lieu de s'enferrer dans des définitions.
Chez Rounder, dans la collection Rounder Heritage, qui a déjà donné le blues, zydeco, cajun et d’autres, The art of Old-Time Mountain Music. Contrairement à Folkways, qui ne fait plus que des rééditions, Rounder publie toujours beaucoup de musique folk en tous genres, dont du Old-Time. Cette compilation donne ainsi un aperçu plus juste du Old-Time tel qu’il se pratique aujourd’hui et sonne plus « contemporaine », sans avoir peur des contradictions! Beaucoup de morceaux instrumentaux, des perles comme celles de Glenn Ohrlin ou Asa Martin, quintessences de la chanson de cow-boy, des enregistrements plus historiques, comme ceux de Dink Roberts et Uncle Dave Macon, et des gros noms d’aujourd’hui, comme Bruce Molsky. C’est la compilaion parfaite pour vos Barn Dance du samedi soir!

Folkways travaille beaucoup plus l’aspect vintage avec Classic Old-Time Music en ressortant de son catalogue les meilleures pièces par les meilleurs artistes. Dock Boggs, Clrence Ashley, Roscoe Holcomb, c’est presque trop facile! On voit nettement mieux sur ce disque la variété de la musique Old-Time, où les instrumentistes sont tour à tour accompagnés au banjo, au violon, à la guitare, ou tous en même temps pour les strings bands. Les chansons sont presque toutes des standards et le disque ne peut mieux porter son épithète de classic. Excellent à tous points de vue. À noter que ces deux disques sont accompagnés d’un livret bien fourni avec des notices pour chaque pièce.

Roscoe Holcomb (1911-1981) a la voix la plus nasillarde et la plus haut perchée qu'on ait jamais entendue, à tel point que je ne suis jamais sûr s'il est vraiment convenant de le faire jouer à la radio. Découvert par John Cohen, des New Lost City Ramblers, il est un peu la merveille que tous les revivalist recherchaient. Vivant isolé au coeur des Appalaches (Daisy, Kentucky), il appartenait déjà à un monde révolu quand on s'est finalement intéressé à sa musique, qu'il a apprise en dehors de l'influence de la télé et de la radio. Il a travaillé toute sa vie, jusqu'à sa carrière tardive dans les années 60-70. Son répertoire, outre les traditionnels des appalaches, est composé de vieux chants baptistes et de blues revisités. Il accorde son banjo de toutes les manières possibles, joue aussi de la guitare, puis il y a cette voix... Sa version de "In The Pines" vous fera oublier Nirvana. Le tout est rassemblé en grande partie sur The High Lonesome Sound et An Untamed SenseOf Control, à écouter dans l'ordre.

Bascom Lamar Lunsford (1882-1973) est plus un un collecteur dans la tradition des Alan Lomax (même s'il est né avant celui-ci). Connu comme le "Ménestrel des Appalaches", il a d'abord enregistré quelques morceaux sur Brunswick en 1928, dont les plus célèbres, I wish I Was A Mole In The Ground et Dry Bones, se sont retrouvés sur l'Anthologie of American Folk Music. Puis il s'est consacré à la collecte et la préservation des chansons des appalaches, notamment pour le compte de la Librairie du Congrès ; il a laissé, à ce titre, une oeuvre considérable. Pour un non-initié, son chant semblera un peu sec et d'intérêt plus ethnographique, mais son disque au titre improbable de Ballads, Banjo Tunes, And Sacred Songs of Western North Carolina étonne par sa variété, autant musicale que pour le répertoire.

Doc Watson, né Arthel L. Watson le 3 mars 1923, aveugle de naissance, a réinventé le jeu de guitare de la musique appalachienne en adaptant plusieurs de ses mélodies au violon. Il a commencé relativement sur le tard, vers 30 ans, et ses premiers disques s’inscrivent dans la vague du folk revival au début des années 1960. Il joue alors seul ou avec Clarence Ashley ; plus tard, son fils Merle l’accompagnera jusqu’à la mort de ce dernier en 1985. En plus de la musique appalachienne, son répertoire est composé de pièces du premier country, comme les pièces de Jimmie Rodgers. Sa discographie est plutôt vaste. Pour sa première période, on se référera à Original Folkways Recordings of Doc Watson and Clarence Ashley, 1960-1962 et, en solo, à Live at Gerde's Folk City. Avec Merle, Live on Stage est une pièce d'anthologie.

Les New Lost City Ramblers ont remis le Old-Time sur la carte dans les années 50-60, à l’époque bénie où les groupes enregistraient un album aux six mois (voir leur discographie). Composé de John Cohen, Mike Seeger et Tom Paley, ce dernier remplacé par Tracy Schwartz vers 1962, le groupe, probablement inspiré par Harry Smith qui a publié son Anthology of American Folk Music en 1952, a dépoussiéré une quantité incroyable de 78 tours de hillbilly, blues et de cajun. Les chansons de la Grande Dépression, de la Prohibition, de l’Amérique rurale ou encore traitant d’une actualité révolue, sont dominées par le son des banjos et des violons, mais aussi souvent par un dulcimer ou des arrangements de guitares sophistiqués et de belles harmonies vocales. Le répertoire est d’une grande diversité et donne un point de vue unique sur une Amérique révolue. Deux albums sont essentiels et préparent au reste : The Early Years 1958-1962, qui couvre la période avec Tom Paley, rassemble 26 pièces de leurs 11 premiers albums (!) ; Out Standing in Their Field 1963-1973 poursuit sur la lancée avec Tracy Schwartz, qui a amené une partie du répertoire cajun. Les deux albums sont de toute beauté.

Ralph Stanley, bien plus connu pour son bluegrass, a fait paraître en 2002 un disque superbe, simplement appelé Ralph Stanley. Produit réalisé parT-Bone Burnett après le succès d'O Brother, ce disque rasemble les meilleurs musciens, dont Norman Blake. Ce disque réussi le pari d'être complètement dans son époque avec un répertoire composé de vieilles ballades (Henry Lee, John Henry) et quelques gospels. Un son épuré mais riche, porté par un Ralph Stanley en très grande forme.

The Old Crow Medecine Show a fait une entrée remarquée dans le monde de la musique roots avec son premier disque, OCMS (2004). Le journaliste du Calgary Suns’interroge : Hillbillycore? Punkgrass? Appalachia-metal? Les premiers auditeurs n’ont pas manqué de rapprocher leur traitement du old-time/bluegrass de celui que les Pogues ont fait subir à leur musique traditionnelle. Des reprises, des réécritures et des pièces originales composent cet album, livrées sur des musiques rapides et punchées, tout à fait authentiques, si jamais le mot a un sens. L'album a fait l'unanimité lors de sa parution, même chez les non-initiés. Caution de taille, le disque est produit par David Rawlings, compagnon de Gillian Welch, qui est elle-même à la batterie pour deux pièces. Le groupe est promis à un bel avenir.

Des liens vers des sites de Old-Time, tirés du Mudcat Café.
Le Old-Time vu par Mike Seeger, des New Lost City Ramblers et revivalist extraordinaire.
[Édité le 30 septembre 2004]
|